jeudi 24 juillet 2014

J.56 - Sheep on Ship


Un marin.
 Il n'avait jamais quitté pied de terre, mais nulle doute, c'en était un.
Un marin. Il ne pouvait se détacher de l'ancre qui le retenait ici.
Un marin, triste, mélancolique. Son âme avait été emportée par la marée, ses pupilles pataugeaient vers l'écume des rêves et ses espoirs s'étaient asséchés.
Un marin. Était-ce trop demandé qu'un petit bout d'océan ?
Vous croyez qu'un jour, je pourrai naviguer ?
Vous croyez que je pourrai m'enfuir, m'engager sur un navire et partir, sans jamais me retourner ?



Un marin. 
Il était prêt à tout pour se libérer, 
Ce qu'il souhaitait ? 
Sortir de cette petite boîte en panne d'azur et d'humidité. Ranimer mes songes. 
Rien de plus, c'est tout, s'il vous plaît.
Il agissait, réalisait tout ce que sa condition lui permettait. Il créait des petits bateaux de ses mains, donnait du bleu de ses yeux aux champs de blés.
Un marin. Il ne cessait de rêver, il ne s'est jamais arrêté. 
Cause perdue ? Il le savait. Il s'y refusait.
Qu'est-il devenu ?

Beaucoup disent qu'un jour, tandis que ses larmes se tarissaient enfin, sourire victorieux au lèvres, il s'est allongé dans la mare ainsi créée. Que dire de plus ?
Il ne s'est jamais relevé.




OUTFIT :
Top : Petit Bateau 
Dungarees : New Look 
Shoes : Salamander
Belt : CosmoParis
Headbow & Bag : Vintage (Emmaüs, Bougival)


Photos : Knas



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vendredi 18 juillet 2014

J.55 - Wish

Il était un après midi d'été, aride, dans une rue bondée,
Lorsqu'un génie proposa à l'enfant blond un voeux au choix de réaliser.
Le croirez-vous ? La réflexion ne fut pas bien longue.
Il était un après midi d'été, frais, tranquille et paisible
Pas un chat à l'horizon. Personne. Le néant. 
 "Que l'on cesse de me polluer l'atmosphère."



Aussitôt dit aussitôt fait. 
Avec l'efficacité d'un travailleur "made in China", le génie avait disparu, et toute forme de vie avec lui.
N'est-ce pas le paradis ? La tranquillité absolue. Oh, oui. 
Je suis libre. Seule.
Tous ces êtres nuisibles ? Partis.
La solution aux guerres, au réchauffement climatique, aux massacres, aux injustices ? 
Laissez tout tomber, je l'ai trouvé. 
Plus de crash d'avions étranges, plus de partis extrémistes, plus de crise économique, plus de bombardements, c'était évident, tout le monde aurait du se suicider il y a deçà bien longtemps.



En fait, je suis seule. Je domine. Admirez-moi, vous qui n'êtes plus là :
Je suis la reine absolue, la nouvelle impératrice d'un univers à jamais figé.
Tandis que le monde prend des dimensions post-apocalyptiques, moi, dernière humaine, je savoure mon tête à tête romantique avec le vide.
Je suis seule.
Que faire ? Non, honnêtement. J'avoue. 
La conversation de mon nouvel amant n'a guère d'intérêt.
Je m'ennuie.
Vous, là bas, occupez-moi. 
C'est un ordre. Je suis votre souveraine. Pitié, aidez-moi.
Ne me laissez pas.

Il était un après midi, morne et monotone,
Lorsqu'un petit enfant blond, décidant de se faire génie,
Réalisa son propre voeux et disparu aussi.

OUTFIT :
Jacket : Nina Kaufmann
Jeans : Tidebuy (vu ici)
Shoes : Zara

Photos : Knas



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samedi 12 juillet 2014

J.54- Le dernier envol

Il était, une fille.
Il était, non, que dis-je, une femme.
Une femme, jeune, dans la fleur de l'âge, de celles qui devraient encore avoir toute la vie devant elles, de celles qui sont sensées disposer du bonheur à portée de main.
Vous voyez ?
Le modèle lambda, type d'une créature innocente, tout juste sortie de l'adolescence. Une femme banale, dénudée d'intérêt, que vous rencontrez dans la rue pour oublier aussitôt.
Que dire de plus ? Ah, si. Elle avait une seule distinction pour elle qu'elle conservait avec la fidélité d'une Pénélope : Elle ne souriait jamais. Pas de joie, expression, soulèvement des fossettes, rien.
Ses cheveux ternes semblaient même n'avoir de cesse de tisser un voile grisé de tristesse et de mélancolie amère devant des iris qui ne brillaient jamais. Si les yeux étaient le reflet de l'âme, elle, de toute évidence, en était dépourvue. Et pourtant...


Pourtant, si quelqu'un avait pris la peine de soulever ce linceul désolé, il aurait vu. Il aurait découvert, au fond, tout au fond des trous béants de ses pupilles, un lourd secret à jamais caché.
Mais, honnêtement, qui s'embêterai à affronter le regard d'un être aussi ennuyeux ? Personne. Et certainement pas vous, alors laissez-moi, et je vais vous le révéler :
Elle était amoureuse d'un oiseau.
Elle l'avait rencontré, ce soir, là, il pleuvait et elle songeait à se retirer la vie.
Elle contemplait l'infini, interrogeant ces cieux qui ne cessaient de pleurer,
oh, oui, pourquoi pas ?
Et toi. C'est à ce moment, que toi, tu es venu.
D'abord tâche sur la voûte, tu t'es précisé, et les nuages se sont clairsemés alors que tu t'es approché.
C'est à ce moment que toi, tu t'es posé, juste là, à ses pieds.
C'est à ce moment que.. Comment dire. C'est bien connu, un bec, ça ne sourit pas.
Mais en fait, tu ne t'en es pas préoccupé. De tes milles chants colorés, tes milles teintes mélodieuses, tu lui a fait ressentir tout, tout l'extase du monde, au delà de la médiocre humanité, au delà du terrestre, au delà de tout.

Le temps d'un instant, tu lui a prêté tes ailes. Un battement de coeur, une envolée, tu l'as enlevée, au plus profond d'elle même, tu l'as emmenée, ailleurs, là où elle n'aurait jamais imaginé. Une grotte, un univers, une immensité, là où personne n'aurait jamais imaginé.
D'être affligé tu l'as rendue ange, et à cet instant, aussi petit soit-il, elle savait.
Elle n'avait pas besoin de presser sa maigre cage thoracique;
Elle était en vie, et elle ne le regrettait pas. Elle était heureuse.
Elle t'aimait, tout simplement, d'un rythme effréné. Belle histoire ?
Non. Beaucoup diront qu'elle n'aurait pas du. Que tu n'aurais pas du.
Poids bien trop lourd pour personnages aériens, vérité fatale et générale,
Amour synonyme de tomber.
Plutôt que de sombrer avec elle, tu l'as lâchée. Sans pitié. Effondrée. Tu as retiré, une à une, les plumes qui commençaient à pousser. Égoïsme ? Sadisme ? Cruauté ?

Toutefois, je dois te le dire alors saches le, tu n'as pas complètement réussi.
Si son corps nous est revenu, son essence, elle, t'est restée attachée.

Cela t'intéressera-t-il ?
Parfois, à l'instar d'une population qui n'en a que faire, je la regarde.
Je le regarde, ce pantin désarticulé, et il danse, comme pour t'imiter.
Peut être pour rejoindre sa moitié, ou tel un drogué, pour revivre ces sensations échouées. Je n'en sais rien.
En tout cas, dans ces moments, en ces instants, j'espère : et j'ai l'espoir, limites physiques passées, dans cet éther où tu n'as pas su t'en débarrasser, j'ai l'espoir que vous vous aimez.

OUTFIT :
Shoes : Clarks (vues ici et )


Photos : Knas



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mardi 8 juillet 2014

J.53 - Animal

"Et si je changeais de robe ?" 
À première vue une simple réflexion superficielle, sans trop d'intérêt, retrouvée chez 99% de la gente féminine humaine. 
Et c'est tout ? Surs ? Rien d'autre ? 
Oh que non. 
Croyez-le ou pas, mais ce n'est ici pas le fin mot de l'histoire, et loin de là.
Il était une fois.. dans une petit prairie, avec tous ses amis. 
Il était une fois.. un petit poney. Non. Trompée. LE petit poney.

Il semblait heureux, ce petit poney. Avoine, herbe, blé à volonté, rien ne lui manquait, libre de gambader, trotter, galoper, courtiser toutes les juments du pré. Un pur paradis.
"Et si je changeais de robe ?" 
Une décision extrêmement grave, qui aurait du s'avérer fatale.
Certains se demanderont,
Qu'avait-il bien pu lui passer à la tête ? Alcool ? Folie ? Stupidité ?
"Et si je changeais de robe ?" 
Moi, je pense qu'il s'ennuyait, ce pauvre petit poney. Seul, banal, dans une multitude de clones bruns, une population presque dépourvue d'individualité. 
Peut-être avait-il simplement envie de se démarquer, changer, prenant le risque certain d'être rejeté de ses frères, condamné à l'exil, solitude sans appel et sans retour.
Peut être était-il arrivé au point où le jeu en valait la chandelle, où l'image de la mort n'était, en fin de compte, pas si horrible face à la réalité de sa vie.
"Et si je changeais de robe ?" 
En fin de compte, un dilemme d'une importance primordiale, car oui,
de ce jour au lendemain, de brun à rayé, poney à zèbre,
Une nouvelle espèce est née.



OUTFIT :
Shirt : Tidebuy
Pants : Zara
Shoes : Zara


Photos : Knas



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mercredi 2 juillet 2014

J.52 - Lightness


Une envie de sourire. 
Juste comme ça, une simple inspiration, comme le souffle ensoleillé d'une belle journée.
Cette surprise, violente pulsion, elle vous prend, vous coupe dans votre morosité, pourquoi?
Vous regardez le ciel, contemplez les nuages, y cherchez votre réponse sans rien y trouver.
Vous ne remarquez pas, alors, effacé, discret, l'ange posé à vos côtés.
Un petit chérubin. Il est tout blanc, innocent, immaculé.
Tandis que votre regard est tourné sur le ciel, le sien dérive au large. 
Ses lèvres ne sont pas étirées, mais seriez-vous touché par l'aura de sérénité qui s'en dégage ?
Il reste immobile, invisible, et vous êtes pris d'un bonheur immense, vous voudriez courir, bondir, voler.
Vous n'y comprenez rien. Vous êtes saturé, toute cette émotion, vous êtes trop plein.
En fait, vous n'arrivez pas à savourer le petit miracle ainsi déroulé.
En fait, vous auriez juste besoin d'une raison, vous êtes humain.

Alors votre esprit s'adapte, il bricole vos songes, et vos pupilles s'abaissent, illuminées,
Et tandis que votre vision s'aligne au petit cupidon, une image se forme, tout droit de vos entrailles venue, assemblage de milliers de papillons. 
Et vous voyez. Là bas. De l'autre côté du quai. 

Une femme, un homme, vous ne savez pas encore, qu'importe ?
Nulle nécessité de violence, aucune flèche, rien, heureuse victime de l'être divin. 
Vous êtes amoureux. 

OUTFIT :
Short : Tidebuy (also worn here)
Jacket : Ekyog
Bag : Vintage, Emmaüs
Shoes : Clarks (seen here and here)




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samedi 28 juin 2014

J.51 - On the other side

Une fille. Là. 
De l'autre côté de la vitre. De l'autre côté du monde.
Voyez, là, attention, elle vous regarde. 
Faites bonne impression. Souriez-lui, et un geste, un signe de la main ?
Non. Elle ne remarque pas votre tentative de contact. Du tout.
En fait, elle ne fait aucunement attention à vous. 
Elle vous fixe, paradoxalement, ne vous aperçoit pas, yeux vides, pupilles égarées.
Vous pourriez aussi bien ne pas être là, mais pourtant, pourtant,
Pourtant, son regard. 
Il reste. Là. Stupéfié. 
Il vous transperce, de part en part.
Votre visage, littéralement le centre de toute l'attention qu'elle puisse être capable d'accorder.


Mais non. Elle ne vous voit point. Cécité ? Pathologie ? Bonne question. 
Son existence est-elle réellement définie ? Comment le savoir ?
Et vous y allez, vous la rejoignez,
De l'autre côté de la vitre, de l'autre côté du monde,
 C'est alors qu'elle s'anime,
C'est alors qu'elle prend vie,
C'est alors que vous prenez conscience, une évidence
L'étendue de son étrangeté, c'est sur, elle n'est pas de ce monde, elle n'est pas d'ici.
Pas de cet univers, pas de ce petit patelin. 
Elle n'est de nulle part.
Elle est une présence, universelle, intemporelle,
Hors de vous, hors du temps, hors de tout.
Regardez, contemplez la, vous n'en avez plus pour longtemps.
Faites attention, trop instable, radioactive,
Désintégrée, sans préavis, sans motif,
Elle disparaîtra, tout simplement.

Et vous n'y pourrez rien, elle n'existera pas, oui, elle n'aura jamais été là, 
Vestige d'un mirage, bref reflet d'un univers,
 Inaccessible, normalement invisible,
De l'autre côté de cette vitre, de l'autre côté de ce monde.
OUTFIT
Jacket : Front Row Shop

Review de l'outfit :
 Dans la suite de mes collaborations (dernièrement ici), je vous présente en ce jour deux nouvelles enseignes qui m'ont offert de tester leurs produits pour vous en faire le compte rendu.
- La première est Lovelywholesale, j'y ai sélectionné cette robe en taille 8 (taille minimale proposée, je porte généralement du 6, voir du 4), gros coup de cœur sur sa coupe oblige. J'ai reçu mon petit colis environ un mois plus tard, le résultat s'est trouvé légèrement trop grand pour moi mais rien de bien choquant.
- J'ai ensuite pu choisir la veste (Taille S, et oui, les épaules rondes, c'était l'hiver dernier, oui, je suis en retard, comme toujours, je sais bien) sur l'eshop Front Row Shop. Le temps de livraison fut à peu près le même, et je suis réellement satisfaite du rendu. Le produit est original et la qualité conforme à mes attentes. Je ne le montre pas dans cette série, mais elle est réversible : vous pouvez la porter en blanc ou en noir au grès de vos envies (deux en une !)

En bref ? Que du bonheur. 

Photos : Knas



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dimanche 22 juin 2014

J.50 - Lost in Woods

Figé. Rien ne semble y vivre, rien ne semble y évoluer. 
Un bois, n'importe quel bois. En êtes-vous surs ? 
Les branches, les troncs, les cèdres, autrefois, ils frémissaient, murmuraient, chantaient, choeur frénétique, orchestre grandiose, ils se sont tus, ils se taisent, pourquoi ?
Aujourd'hui, même le vent a cessé de souffler.

Aujourd'hui, vous aurez beau écouter, vous aurez beau regarder, vous ne percevrez rien. 
Rien d'autre qu'un vide effrayant, terrifiant. Un vide, une obscure verdure en guise de clarté, le mirage de vos souvenirs comblant l'absence du moindre son.
Vous êtes humains, vous avez peur, vous voulez comprendre, pourquoi, comment ?
Donc vous continuez, vous contemplez, vous observez.

Et vous la voyez, là, démasquée, dans sa discrète tristesse : une petite goutte de sang.
 Elle est frêle, seule, comme abandonnée.
Elle survit, tant bien que mal, ne veut pas qu'on la remarque, cache sa teinte écarlate.
Elle est frêle, seule, elle sanglote, en silence, dissimulant un secret trop dur pour le commun des vivants.
Un bois ? Non, pas n'importe quel bois. 
Un bois, il souffre, il saigne, un mal-être, une hémorragie interne, qui ne peut être jugulée, qui ne peut être arrêtée, il est symbole d'une douleur universelle, une agonie devant laquelle personne n'ose garder les yeux ouverts.
Non ! C'est stupide. C'est bien connu, la nature ne peut pas souffrir. 
Pas de récepteurs sensoriels, pas de fibres nerveuses, pas d'encéphale, pas de cortex, pas d'âme, elle ne peut que vivre, mourir, sans y réfléchir, sans broncher. 
Et après tout, vous qui la torturez, qu'en savez-vous ?
En tout cas elle est bien là, cette petite goutte de sang,  
Elle parle, gémis, tout doucement, balbutie au mieux, tente de remplacer son bois, celui qui n'en dit rien, celui qui n'a pas bouche pour hurler, pas de larmes pour pleurer. 
Pourtant, vous écoutez, mais seul le silence se laisse deviner. 
Pourquoi ? Vous n'en n'avez aucune idée, en fait, vous en avez plus qu'assez. 
Alors ?
Alors vous levez le pied, écrasez la petite goutte pourpre, vous retournez chez vous, et vous oubliez tout. Problème réglé.

OUTFIT :
Shirt : Charity Shop, London
Skirt : H&M
Boots : Dr Martens
Bag : Emmaüs

Photos : Knas



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